Lundi 9 mars 2009
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Syngué sabour, de Atiq Rahimi
Quatrième de couverture :
syngué sabour [ sege sabur ] n.f. ( du perse
syngue << pierre
>>, et
sabour << paciente >>). Pierre de pacience. Dans la mythologie perse, il s' agit d' une pierre magique que l' on pose devant soi pour déverser sur elle ses
malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l' on n' ose pas révéler aux autres... Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les
secrets jusqu' à ce qu' un beau jour elle éclate... Et ce jour- là on est délivré.
Prix Goncourt 2008.
Mon avis :
Un livre qui rayonne de douceur, qui sait nous transporter dans ces pays où la chaleur suffocante pousse à la nonchalance, aux pensées vagues... Le désespoir d' une femme qui
perd inexorablement son mari, touché d' une balle à la nuque, mais qui survit miraculeusement de ces combats fratricides. La question est jusque quand?
Il ne parle plus, regarde obstinément le plafond de ses yeux hagards, sa bouche reliée par un tube à une poche suspendue. A côté de lui sa femme, fidèle. Fidèle à qui, à
quoi au fond? A ce mari qui l' a ignorée toute sa vie? A celui qui se contente d' être le père de ses enfants et qui assure leur subsistance? Au coran, à la religion qui lui impose
ce comportement? A sa propre morale? Au fond elle - même ne sait pas, peut- être un peu de tout.
Les jours passent, et les espoirs s' amenuisent; au milieu de cette ville ravagée par la guerre. Pourtant cette femme, est toujours là, fait acte de présence. La solitude peut- être la pousse
à parler, peut- être pour se donner du courage, peut- être pour défier le destin. Mais parler à qui ? A soi- même? Non depuis trop longtemps justement elle refoule des choses en elle même. Il est
plus que temps de se délivrer du poids du passé, des convenances, des non-dits. C' est à son homme qu' elle s' adresse, dans la certitude qu' il peut du moins l' entendre... C' est son
mari qui deviendra son talisman, sa pierre de pacience, sa Syngué sabour. C' est lui qui absorbera dans le creux de ses oreilles les secrets les plus inavouables de sa femme... Comment se
délivrera-t-elle de cette situation inextricable? Ne joue-t-elle pas sa proprie vie à vouloir tout dévoiler?
L' auteur nous livre ici un beau récit, avec une poésie légère, parsemée d' une musicalité très douce. Rien ne se passe vraiment, comme si ce n' était qu' un mauvais rêve. Pourtant le
désespoir de cette femme est bel et bien là, c' est celui de milliers d' autres.
Il nous amène à penser la condition de la femme dans les pays musulmans. La place de la religion dans le foyer, l' autorité des maris. Je me demande quel accueil lui réserveraient ses
compatriotes à la lecture de ce livre. Blasphématoire sans doute pour certains...
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